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Une boussole cachée: la joie sous nos blessures

  • Photo du rédacteur: Frédérique Giacomoni
    Frédérique Giacomoni
  • il y a 7 jours
  • 3 min de lecture

Par Frédérique Giacomoni,

Psychiatre-Psychothérapeute, Co-fondatrice de Thémisia-Gioia

 

 

La joie n’est pas à conquérir, mais à reconnaître : signe du Souffle traversant tout humain, même le plus vide.

La joie est cette vibration fondamentale qui sous-tend notre chair vive, bien avant que la peur, la colère ou la tristesse ne viennent l’occulter. Ni l’euphorie bruyante des sommets, ni le plaisir éphémère des sens, elle est un courant souterrain – fragile comme un bourgeon sous la neige, profond comme les racines d’un arbre millénaire.

 

 

Joie profonde ou plaisirs de surface ?

 

On confond trop souvent joie et plaisir.

Le plaisir dépend toujours d’un objet extérieur : une réussite, un compliment, une rencontre, un achat.

La joie, elle, peut surgir sans cause apparente, au détour d’une marche silencieuse, d’un regard vrai, dans la simple disponibilité d’un instant vide. Elle n’a besoin de rien pour exister, sinon d’un espace intérieur où se révéler. Elle ne s’ajoute pas à nous : elle se dévoile comme une empreinte qui était déjà là, intacte.

 

Une mémoire de l’Origine

 

Quand un nourrisson rassasié, lové contre une mère suffisamment bonne, entrouvre les yeux avec un demi-sourire, ce n’est pas seulement du confort physique. C’est une complétude primitive, l’évidence d’un être à sa place dans le réel. Adulte, nous en gardons une mémoire enfouie : cette sensation d’harmonie originelle persiste, même quand tout semble déréglé autour de nous.

La tradition spirituelle y voit le souvenir diffus de notre Source. La joie devient alors plus qu’un bonus psychologique : une nostalgie accomplie où le cœur reconnaît, l’espace d’un instant, qu’il est relié à plus grand que lui-même.

 

Joie et Présence

 

Lorsque la conscience se pose dans l’instant présent – non par effort crispé, mais par un abandon confiant – quelque chose s’allège souvent en profondeur. Il ne s’agit ni d’optimisme naïf ni de déni de la souffrance, mais d’un « oui » intérieur qui circule sous toutes les apparences.

Cette joie-là naît d’une expérience de Présence :

présence à soi-même, où l’on cesse de fuir ce que l’on vit ; présence à l’autre, où l’on ose vraiment le regarder ;

présence à ce qui nous dépasse, où la Vie se révèle plus vaste que tout ce que nous contrôlons.

 

Là où certaines traditions parlent de Dieu, d’autres évoquent le Souffle, la Source, la Lumière.

Le vécu reste identique : une densité douce, un sentiment de justesse, une joie paisible comme le parfum perceptible de cette Présence.

 

Pourquoi la joie est-elle si fragile ?

Si la joie porte en elle l’empreinte divine, pourquoi disparaît-elle si facilement ? Parce que tout ce qui blesse le lien primordial – rejet, humiliation, négligence, trahison – recouvre cette empreinte de couches protectrices. On ne perd pas la joie : on la dissocie.

La peur prend alors la place pour anticiper le pire et se protéger ; la colère surgit pour reprendre un pouvoir perdu ; la honte murmure que l’on ne mérite pas d’être aimé.

La fragilité de la joie n’est pas un défaut : c’est la preuve de sa finesse, de sa subtilité. Incompatible avec le mensonge que l’on se raconte sur soi-même, elle ne peut coexister longtemps avec une identité bâtie sur la peur ou la haine de soi.

D’où cette impression qu’elle « s’enfuit » dès que l’on se crispe : en réalité, c’est nous qui nous en éloignons.

 

La joie, boussole spirituelle

 

Si la joie est une empreinte divine, elle devient aussi un critère de vérité intérieure. Ce qui nous éloigne durablement de cette paix vive – distincte du plaisir fugace – nous éloigne de notre centre profond.

Ce qui, même au cœur de l’épreuve, laisse filtrer une fine clarté, une confiance sans objet, nous ramène à nous-mêmes.

Cela ne signifie pas qu’« être dans la joie » soit une obligation – ce serait violence faite aux personnes en dépression ou en deuil.

La joie est plutôt une boussole : non un état à atteindre immédiatement, mais une direction vers laquelle tendre, un mouvement vers plus de vérité, de simplicité, de reliance.

 

La joie divine, boussole ultime

 

La répétition traumatique peut couper de la joie humaine – celle du maternage, de la sécurité, des liens premiers.

Mais la joie divine demeure intacte, car elle ne dépend d’aucun être humain.

Les traumas peuvent détruire la mère, le père, le conjoint – jamais le Souffle qui sous-tend toute existence.

La prière, même laïque, nous reconnecte à cette Source incassable, réparant notre boussole intérieure non par effort héroïque, mais par un abandon confiant.

 

Les traumas répétés coupent de la joie humaine.La prière du cœur reconnecte à la Joie divine,boussole éternelle que nulle blessure n’efface.

 
 
 

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