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Engagement

  • Photo du rédacteur: Frédérique Giacomoni
    Frédérique Giacomoni
  • il y a 4 heures
  • 4 min de lecture

© Photo Frédérique Giacomoni 

Par Frédérique Giacomoni,

Psychiatre-Psychothérapeute, co-fondatrice de Thémisia-Gioia

« Chronique d’un regard intérieur »

 

Un mot simple, et pourtant…

 

Qu’est-ce que s’engager dans sa vie ?

 

 

Le dictionnaire définit l’engagement comme un acte par lequel on s’engage à accomplir quelque chose. En politique ou dans le domaine associatif, il désigne une cause à laquelle on se lie. Au sens technique, c’est la disposition durable d’une personne à investir son énergie, son temps et son identité dans une activité : la persévérance est au cœur de cette idée.

 

Sur un plan personnel, l’engagement peut être lu comme une décision d’aller vers ce qui dépasse l’intérêt immédiat. Choisir une voie, une relation, une pratique c’est accepter d’y consacrer du temps, de l’énergie et une part de son identité, même quand c’est difficile.

 

Au fond, s’engager, ce serait dire : « Je vais faire ce qui me semble juste, important, vrai, même sans garantie, même en acceptant que je peux me tromper et être blessé. »

 

 

L’engagement dans la thérapie ACT

 

 

Dans la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT), l’engagement prend une forme concrète. Il s’agit d’agir, de manière répétée, dans une direction choisie en fonction de ses valeurs profondes. L’accent est mis sur l’action, la persévérance, la flexibilité psychologique et une confrontation douce avec la souffrance plutôt que sur son évitement.

 

On y trouve une alliance entre fermeté et douceur : avancer vers ce qui compte même quand la peur ou le doute sont présents.

 

De plus, cette définition met en lumière la notion de direction. Se tromper de direction risque d’épuiser. Se demander quel objectif on choisit de poursuivre est nécessaire avant de se lancer.

 

Rester sur le quai

 

 

Combien de fois avons-nous le sentiment de rester sur le quai ?

Les trains passent et nous ne montons pas dans le wagon.

 

Ce sentiment de rester sur place, de voir sa vie perdre un peu de sens, fige encore plus. La peur s’installe, l’impuissance grandit. Chaque décision semble impossible ; chaque tentative se réduit à néant. Ce figement entretient la peur, et la peur entretient le figement.

 

Si le figement est si fort, c’est parce que le mental se retrouve piégé par ses propres facultés d’anticipation. Il voudrait être certain du succès avant de se lancer : il ne s’engagera que s’il a la certitude de réussir.

 

Au lieu de se dire : « Je dois réussir, tout doit être parfait, je ne veux aucun risque. » on peut dire : « Je m’engage dans cette direction, même si je ne suis pas sûr du résultat, même si je peux me tromper, même si ça me rend vulnérable. Je choisis de faire ce chemin, avec ma liberté et mes limites. »

 

 

Se mettre en mouvement malgré tout

 

 

Comme l’engagement est difficile, Anne Dufourmantelle écrit : « Les humains préfèrent la servitude, ils veulent être guidés et déchargés du choix exorbitant de leur existence. »

 

Il est plus confortable de se conformer, de remettre sa vie entre les mains d’un leader, d’un groupe, d’une doctrine, que de prendre ses responsabilités et d’assumer sa liberté de penser, de choisir, d’agir, y compris le risque de se tromper.

 

Or, l’erreur n’est pas un échec. Mandela le rappelle : « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends. »  Traiter l’erreur comme une occasion d’apprendre change tout. Soit l’action fonctionne, soit je découvre ce qui me permettra de mieux avancer ensuite. De quoi avoir peur, alors ?

L’engagement n’est pas un grand saut mystique. C’est se mettre en mouvement, petit à petit, malgré la peur.

 

Parfois changer de direction est nécessaire.

 

Il arrive que l’on se rende compte que les objectifs poursuivis sont erronés. Un obstacle inattendu nous le fait comprendre. Dans ce cas, il vaut mieux renoncer et repenser aux valeurs profondes qui sous-tendent l’engagement  : prendre soin de soi ? Spiritualité ? Prendre soin de sa famille ? Recherche de l’harmonie ? …

 

L’engagement comme chemin de vie

 

 

Enfin, l’engagement n’est pas une solution magique, mais il est une voie essentielle pour mener une vie qui se sente vivante. C’est sortir des cercles de peur qui nous maintiennent dans le figement.

 

Dire un oui à l’inconnu, au nouveau, à l’inattendu, reste difficile. Une autre peur se profile : et si c’était pire ? Qu’est-ce qui me garantit que cela ira mieux ?

On ne clarifie pas sa vie en réfléchissant davantage, mais en posant un premier acte, même imparfait. C’est en se mettant en mouvement que le chemin apparaît.

 

S’engager c’est aussi se mettre au travail, lire, ouvrir son esprit, écouter un point de vue différent du sien, se renseigner ; et c’est également un travail intérieur de reliance à plus grand que soi, de meilleure connaissance de soi et de pacification avec soi afin de faire de la place à ce tout autre qui nous traverse. Le chemin est aussi un engagement intérieur.

 

Allié à la douceur, l’engagement permet d’oser, de créer un espace de respiration et de clairvoyance. Il transcende l’isolement nourri par la peur et donne une forme de sacrement quotidien : se sentir vivant, ici et maintenant.

 

S’engager, c’est dire oui à la vie, et courir le risque de mener une vie vivante !

 
 
 

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