Il y a encore un cœur qui bat !
- Michelle Cailler

- il y a 1 jour
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Par Michelle Cailler (juriste et fondatrice de Thémisia Gioia)
Il y a des instants où une nation ne se comprend plus seulement par ses institutions, mais par ce qui continue de vibrer, silencieusement, dans le cœur de ceux qui la portent.
Longtemps, le 1er août a été pour moi une évidence lumineuse. Une joie simple, presque enfantine, faite de feux dans la nuit, de mains serrées, de chants repris en chœur, et de ce sentiment tranquille d'appartenir à quelque chose de plus grand que moi. Avant même de comprendre les mots de notre Constitution, j'en ressentais l'essence dans ma chair. La liberté. La responsabilité. Cette dignité tranquille d'un peuple qui n'a pas besoin de s'imposer pour exister.
Puis est venu le doute. Et avec lui, une douleur que je n'avais pas anticipée.
La sensation diffuse, puis brutale, que quelque chose s’ écroulait sous mes pieds. Comme si les mots, fondateurs liberté, démocratie, indépendance,perdaient de leur substance, un à un, sans bruit. Comme si l'esprit même de notre pacte commun s'éloignait de moi, remplacé par des logiques froides qui nous échappent et nous affaiblissent. En 2022, je l'ai écrit avec une gravité qui me pesait encore : mon cœur d'enfant patriote ne battait plus. Je n'osais plus me demander s'il fallait célébrer. Je me demandais s'il restait encore quelque chose à sauver.
Et pourtant.
Récemment, face à l'évocation d'une autre époque, d'autres combats, d'autres hommes portés par une exigence plus grande qu'eux-mêmes, quelque chose s'est réveillé en moi. Pas une nostalgie. Pas un regret. Une mémoire vivante, presque physique, comme un battement retrouvé après un long silence.
La dignité.
Le sens du devoir.
L'amour d'une terre, non pas comme possession, mais comme responsabilité portée à bout de bras.
Et cette force intérieure, souvent invisible, faite de foi, de droiture et de silence, celle qui ne demande rien, mais qui tient tout.
Alors une évidence s'est imposée, presque comme une larme au bord des yeux : ce qui fonde une nation ne disparaît jamais complètement. Cela peut s'affaiblir, se déformer, être trahi parfois, souvent. Mais cela demeure, en attente, quelque part au fond de nous. Disponible. Prêt à renaître là où des femmes et des hommes choisissent, à nouveau, de l'incarner.
La Constitution suisse ne commence pas seulement par des principes. Elle commence par une élévation : « Au nom de Dieu Tout-Puissant ». Elle nous rappelle que la liberté n'est pas un acquis passif, mais un acte que l'on répète chaque jour. Que la responsabilité ne se délègue pas. Que la force d'une communauté ne se mesure pas à sa puissance, mais à l'attention portée au plus vulnérable, à celui que trop souvent on oublie.
Alors peut-être que la vraie question n'est plus : que reste-t-il de la Suisse ?
Mais plutôt, tout bas : qu'est-ce qui, en chacun de nous, est encore vivant de cet esprit ?
Car une nation ne tient pas par ses lois. Elle tient par la conscience de ceux qui les portent. Par leur courage, même fragile. Par leur capacité à dire non, à se tenir debout quand tout invite à courber l'échine, à transmettre ce feu, à refuser l'effacement de ce qui est juste.
Le 1er août n'est peut-être pas un héritage à célébrer mais plutôt une responsabilité à reprendre, avec les mains qui tremblent parfois.
Et si, au fond, rien n'avait disparu.
Si tout attendait simplement que nous choisissions, à nouveau, d'en être dignes ?
Alors, en ce premier août , une question demeure, intime et bouleversante :
Sommes-nous encore prêts à porter ce qui nous a été confié, ou préférons-nous laisser s'éteindre, en nous, ce qui faisait de nous un peuple libre?



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