top of page

Vivement que ça s’arrête !

Photo du rédacteur: Michelle Cailler
Michelle Cailler
il y a 2 jours
3 min de lecture

Par Michelle Cailler, juriste et fondatrice de Thémisia Gioia

 

 

Je n’aurais pas cru écrire cela.

J’ai porté ce dossier pendant des mois. J’ai lu les textes, construit les arguments, écrit, publié, débattu. Je crois profondément à ce pour quoi je me suis battue. Je le crois encore.

Et pourtant ce matin, ce que je ressens avant tout — c’est l’envie que ça finisse.

 

Cette campagne m’a rendu malade. Je dis cela au sens presque littéral. Une fatigue qui ne part pas. Une nausée diffuse qui monte quand j’ouvre les réseaux. Un dégoût physique de ce que nous sommes devenus le temps de quelques semaines.

 

Du côté de ceux qui s’opposaient à nous — les mots employés ont parfois dépassé ce que je pensais possible dans ce pays. Des accusations qui n’avaient plus rien à voir avec la politique. Des procédés qui relevaient de la manipulation pure, assumée, sans vergogne. J’en ai vu. J’en ai reçu. Je ne les répéterai pas ici — pas parce que j’ai peur, mais parce qu’ils ne méritent pas davantage de place que celle qu’ils ont déjà prise.

 

Parce que cette campagne a abîmé tout le monde — sans exception. Personne ne traverse des semaines de cette intensité, avec cette violence de ton, sans en ressortir un peu diminué. Un peu moins confiant dans le débat démocratique. Un peu moins fier de ce que nous sommes capables de faire les uns aux autres quand les passions s’emballent.

Cette campagne laissera des traces. Dans les deux camps. Et prétendre le contraire serait une dernière malhonnêteté dans un débat qui en a déjà trop compté.

 

Ces derniers jours, avant le vote, je nous invite à une chose simple : ralentir.

Fermer les notifications. S’éloigner des écrans une heure, une journée. Relire — si on ne l’a pas encore fait — le texte de l’initiative. Pas un tweet. Pas un commentaire.

 

La sérénité ne viendra pas des réseaux. Elle vient du silence, de la réflexion personnelle, de la conviction qu’on a fait le travail honnêtement — qu’on a regardé, lu, pesé. Que notre vote, quel qu’il soit, sera le nôtre. Pas celui de la meute, pas celui de la peur, pas celui de la colère.

C’est ça, la démocratie directe dans ce qu’elle a de plus beau. Un citoyen seul dans un isoloir, avec sa conscience. Tout le bruit du monde s’arrête là.

 

Alors voilà où j’en suis.

Je voterai le 27 septembre. Avec la même conviction que le premier jour — intacte sur le fond, abîmée sur la forme. Je voterai parce que c’est mon droit, parce que c’est mon devoir, et parce que les arguments que j’ai construits tiennent toujours.

Mais je serai soulagée que ce soit fini.

Soulagée de ne plus ouvrir les réseaux avec cette boule au ventre. Soulagée de ne plus recevoir ces messages. Soulagée de pouvoir parler à nouveau de ce sujet — si on en parle encore — sans que la conversation tourne immédiatement au pugilat.

 

Si vous ressentez la même chose — quel que soit votre camp — sachez que vous n’êtes pas seuls.

Et si vous avez contribué à cette ambiance, de quelque côté que ce soit : vous savez ce que vous avez fait. Inutile de vous le rappeler.

Le 28 septembre, nous serons encore voisins. Encore collègues. Encore compatriotes.

Ce pays méritait un meilleur débat que celui qu’on lui a offert.

 

Commentaires


bottom of page