Ma France à feu et à sang
- Michelle Cailler

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Par Michelle Cailler (juriste et fondatrice de Thémisia Gioia)
La France brûle, et ce n'est pas seulement sa terre qui se consume. C'est un héritage. Une mémoire. Une promesse de civilisation qui vacille sous nos yeux. Pour moi qui suis à la fois suisse et française, ce n'est pas une abstraction : c'est une blessure intime. C'est mon pays de cœur qui tremble, et avec lui une part de ce que je suis.
Je regarde ce pays traversé par les flammes, les peurs, les renoncements, et j'éprouve un chagrin presque physique. Mon cœur aussi est à feu et à sang. Parce qu'il y a quelque chose d'insupportable à voir un peuple si grand, si riche d'histoire, si vivant dans son génie, traité comme un corps qu'on épuise et qu'on abandonne.
On demande des dons à un peuple déjà fatigué. On lui parle de solidarité après l'avoir souvent privé de ses moyens, de sa confiance, de sa force. On lui demande de panser des plaies que d'autres n'ont pas su empêcher. Pendant ce temps, l'argent se trouve pour les vitrines et les discours, quand il fallait du concret : des moyens, des décisions, du courage.
Le courage, justement, semble avoir déserté les lieux de pouvoir.
Ce qui blesse le plus, ce n'est pas seulement l'incendie. C'est de le voir devenir presque normal. Comme si le désordre était notre horizon, comme si l'effondrement était une simple météo. Non. Ce n'est pas normal de laisser la peur s'installer. Ce n'est pas normal de demander toujours plus au peuple et toujours moins de comptes à ceux qui gouvernent.
La France mérite mieux qu'un pouvoir qui s'agite quand il faudrait agir, qui parle quand il faudrait protéger.
Et pourtant, au milieu de cette épreuve, il y a ceux qui tiennent debout. Les pompiers. Les secouristes. Les agriculteurs. Les voisins. Les mains tendues, simples et sûres. C'est la France de la fidélité, celle qui ne ment pas, celle qui court vers le feu quand d'autres commentent devant les caméras. C'est peut-être là que se trouve encore l'honneur du pays : pas dans les grands mots, mais dans ceux qui agissent et qui sauvent.
Et dans ce tumulte, je pense à Marie.
À Marie, mère silencieuse au pied de tant de croix, qui n'a jamais fui la souffrance mais l'a toujours accompagnée. Je la vois comme une présence discrète et lumineuse au-dessus de la France, une garde invisible contre les forces de destruction. Elle ne fait pas de bruit. Elle ne s'impose pas. Elle veille. Et cette veille silencieuse est une force plus stable que le désordre, plus grande que la peur.
Car la France porte quelque chose de plus grand qu'elle-même. Elle reste un lieu où se joue, à sa manière, le combat entre l'élévation et l'abandon, entre la fidélité et l'oubli. C'est peut-être pour cela qu'elle est si souvent éprouvée : parce qu'elle garde en elle une mémoire de lumière que rien n'a encore éteinte.
Alors oui, je crois qu'il faut le dire simplement : la France est blessée, mais elle n'est pas seule. Et tant qu'il reste des mains qui se tendent et des veilleurs silencieux, tout n'est pas perdu.
Je ne veux pas d'une France résignée. Je ne veux pas d'une France qu'on habitue à l'inacceptable.
Je veux une France qui dise non.
Non à l'humiliation.
Non à l'abandon.
Non à l'inversion des priorités.
Non à la trahison de ce qui devait être protégé.
Un peuple qui laisse brûler son héritage sans se lever pour le défendre risque de perdre plus que ses forêts et ses maisons. Il risque de perdre son âme.
Et moi, je refuse d'assister en silence à la mise à feu de la mienne. Je choisis de croire, avec humilité mais sans faiblesse, que ce qui tient encore debout, le courage des uns, la tendresse des autres, la veille discrète de Marie, sera plus fort que ce qui menace de tout emporter.



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