Quelle part de moi a renoncé ? Retrouver le sacré face à l’adversité.
- Frédérique Giacomoni

- il y a 12 heures
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Par Frédérique Giacomoni,
Psychiatre-Psychothérapeute, Co-fondatrice de Témiaisa-Gioia

"Quand l'adversité frappe, une question change tout : quelle part de vous a renoncé ? ».
Il arrive qu’une nouvelle, une dispute, ou même un simple mot nous traverse comme une lame fine. Quelque chose se crispe, une peur sourde revient. Ces moments ne parlent pas seulement du monde extérieur – ils révèlent un mouvement intérieur : quelque part en moi, quelque chose a renoncé. Renoncé à croire, à espérer, à agir.
C’est cette question que j’explore aujourd’hui : quelle part de moi a renoncé ?
Ce n’est pas une interrogation passive, mais un diagnostic intérieur. Que ce soit l’actualité qui génère son lot d’angoisses collectives, ou une relation qui exploite une faille personnelle, quelque chose en nous a donné son consentement tacite. Qu’est-ce qui nous touche encore si profondément ? Pourquoi ces « horreurs » – personnelles ou mondiales – nous étreignent-elles ainsi ?
S’indigner sans se laisser piéger
Bien sûr, il ne s’agit pas de rester indifférent. Loin de là ! Ni de banaliser avec des formules creuses : « C’est la vie… » ou « Ça a toujours été comme ça ». S’indigner fait partie de notre humanité. C’est même vital : en thérapie, j’observe souvent que la colère refoulée devient dépression. Exprimer l’indignation nous garde vivants, reliés au réel.
Mais la vraie question surgit ensuite : Qu’est-ce qui en moi a renoncé pour permettre à ces ombres de proliférer ?
Dans mon cabinet, une patiente me décrivait récemment son épuisement face aux conflits familiaux récurrents. « Je sais que je devrais poser des limites, disait-elle, mais une part en moi a lâché. » Cette « part » – impuissance apprise, peur du conflit, ou simple fatigue – devient complice. Par mon silence, j’alimente malgré moi le théâtre d’ombres. C’est discret, presque invisible – mais bien réel : chaque renoncement nourrit le désordre.
De la résignation à la richesse des cœurs
Si ces horreurs persistent, c’est qu’une fraction de nous les tolère. L’impuissance apprise nous paralyse. Pourtant, dans les moments les plus difficiles, on découvre parfois la plus belle richesse : les cœurs qui se rassemblent pour nous aider à tenir debout.
Cette convergence n’est pas un hasard : elle naît quand on transcende le renoncement personnel.
La reliance individuelle au sacré de la vie, à ce qu’il y de plus précieux en nous, devient alors collective. Ensemble, nous créons un champ relationnel apaisé.
Ma responsabilité dans le chaos
En psychiatrie, nous nommons cette forme de résignation impuissance apprise : un conditionnement où l’on croit que rien ne change ni ne peut changer.
Mais spirituellement, c’est plus profond : une déconnexion du sacré en soi. Sans cette ancre, nos « tristes passions humaines » – colère, peur, résignation – dominent.
J’ai vu cela chez des survivants de trauma : tant qu’ils restaient coincés dans la victimisation, le cycle se perpétuait.
Le déclic ? Reprendre sa part active dans la vie et se reconnecter à son intuition.
Le chemin du sacré : une reconnexion au climat intérieur
Du plan psychique au plan spirituel, la même logique se joue : ce que nous cessons d’habiter, d’autres forces l’occupent.
Alors, comment retrouver une humanité saine ? En revenant au sacré – ce sens de la vie, cette dimension transcendante en chacun, au-delà des ego et des blessures.
Chaque fois que je me relie au sacré – par la prière, la méditation, ou simplement une respiration consciente au réveil avec une intention claire – un miracle opère, quelque chose d’ouvre : l’harmonie intérieure rayonne, la paix s’installe, la force revient.
Cela crée un champ d’énergie plus sain, un climat intérieur apaisé. Mes émotions s’apaisent, et l’impuissance fait place à l’action juste.
Exemple concret : face à une trahison amicale récente, j’ai choisi le sacré plutôt que la rancune. Résultat ? Des solutions émergent, des alliés inattendus se manifestent.
Votre pas aujourd’hui
Et vous ? Quelle part de vous a renoncé dans votre actualité ?
Prenez 5 minutes : notez une « horreur » qui vous pèse. Demandez-vous : Qu’est-ce qui en moi consent encore ?
Puis, reliez-vous au sacré – un souffle conscient, une affirmation : Je suis plus que cela.
Le sacré n’annule pas l’adversité ; il la transmute.
C’est ainsi que nous redevenons des créateurs plutôt que des spectateurs résignés.



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