Joyeuse Épiphanie !
- Thémisia Gioia

- 6 janv.
- 3 min de lecture

Par Frédérique Giacomoni,
Psychiatre-Psychothérapeute, Co-fondatrice de Témiaisa-Gioia
Aujourd’hui, la tradition nous invite à suivre les pas discrets de trois étrangers venus d’Orient, guidés par une étoile, jusqu’à un enfant couché dans une mangeoire. Leur arrivée à Bethléem n’est pas seulement une jolie scène de crèche : c’est une révélation. Une lumière qui se lève, non pour quelques-uns, mais pour tous les peuples, toutes les consciences.
Les trois présents qu’ils déposent – l’or, l’encens et la myrrhe – ne sont pas des cadeaux de circonstance, mais un langage symbolique. Ils disent qui est cet enfant, et, si l’on y consent, ils viennent aussi éclairer qui nous sommes, nous.
L’or, d’abord.
Depuis toujours, l’or est le métal des rois : il ne ternit pas, il traverse les siècles. L’offrir à l’Enfant, c’est reconnaître en lui une royauté qui n’a rien à voir avec la domination ou le prestige, mais avec un autre type de pouvoir : celui de servir, de relever, de libérer.
L’Épiphanie pose une question silencieuse : à quoi – ou à qui – donnons‑nous, nous aussi, notre « or » ? Notre temps, notre énergie, notre attention. Qui règne réellement sur notre vie : la peur, l’image, la performance, ou quelque chose de plus grand que nous, qui nous appelle à la dignité et à la liberté intérieure ?
L’encens, ensuite.
Cette fumée parfumée qui monte vers le ciel symbolise la dimension spirituelle, la part de nous tournée vers l’Invisible. En en offrant à l’Enfant, les Mages reconnaissent qu’en lui, le divin se rend proche, accessible, habitable.
L’Épiphanie rappelle que nous ne sommes pas que des êtres de production et de consommation. Nous sommes aussi faits pour la verticalité : prière, silence, recherche de sens, émerveillement. Où est notre encens aujourd’hui ? Quelles sont les « fumées » qui montent de notre vie : plaintes, dispersions… ou bien gratitude, écoute, désir de vérité ?
La myrrhe, enfin.
Résine amère utilisée pour apaiser et pour embaumer, elle évoque la fragilité, la souffrance, la mort. Qu’un bébé reçoive un parfum de tombeau a quelque chose de dérangeant. Et pourtant, ce troisième cadeau raconte une vérité essentielle : aucune vie humaine n’échappe à la douleur, à la perte, au mystère de la fin.
Mais la myrrhe est aussi parfum de soin et d’amour. Elle dit que nos blessures peuvent devenir lieu de passage, non de condamnation. Que la mort n’a pas le dernier mot. Que le chemin spirituel ne nie pas la souffrance : il la traverse pour la transfigurer.
En réunissant l’or, l’encens et la myrrhe, les Mages dessinent un visage complet : celui d’un être pleinement humain et pleinement relié au divin, roi sans arrogance, proche des pauvres, solidaire jusque dans la souffrance, porteur d’une vie qui dépasse la mort.
L’Épiphanie, au fond, n’est pas seulement la fête de trois cadeaux d’un autre temps.
C’est l’occasion, pour chacun, de se demander :
Quel « or » suis‑je prêt à remettre à sa juste place pour que mon cœur ne soit plus esclave ?
Quel « encens » ai‑je envie de rallumer : quel espace pour le silence, la prière, la contemplation dans ma vie saturée ?
Quelle « myrrhe » – quelle blessure, quelle peur – a besoin d’être regardée autrement, offerte à une lumière qui ne juge pas mais transforme ?
Que cette Épiphanie soit alors plus qu’une date au calendrier : une petite étoile intérieure qui se relève, une invitation à laisser apparaître – en soi et entre nous – ce visage de royauté humble, de présence divine et de compassion pour toute humanité.









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