Espérance
- Frédérique Giacomoni

- il y a 1 jour
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@photo Frédérique Giacomoni
Espoir ou espérance ? Souvent confondus et pourtant si différents.

« Chronique d’un regard intérieur »par Frédérique Giacomoni,
Psychiatre-Psychothérapeute, Co-fondatrice de Thémisia-Gioia
Définitions
L’espoir naît d’un désir. Il court le risque de rester passif, d’entretenir l’illusion et de se perdre dans une attente stérile, parfois même mortifère. Alors, bien souvent, il déçoit.
Il dépend largement de circonstances extérieures sur lesquelles j’ai peu, voire aucune prise. J’aime dire que l’espoir engendre l’attente du résultat et que cette attente n’existe bien souvent que pour être déçue. La formule est volontairement lapidaire, presque provocatrice. Elle vise à rappeler une exigence simple : si je ne fais rien, si je ne m’engage pas, si je ne prends pas ma part alors mon désir, si légitime soit-il, a toutes les chances d’être déçu.
Annick de Souzenelle évoque souvent les démons de la (toute-) puissance, de la jouissance et de la possession comme étant parmi les plus redoutables, avançant accompagnés par la culpabilité.
L’espérance s’inscrit à rebours de ces logiques. Car l’espérance est d’une autre nature. Elle relie à plus grand que soi. Elle replace l’homme dans sa verticalité et lui évite le piège de la toute-puissance.
Elle dit : fais ta part, le reste adviendra de surcroît. L’espérance engage. Elle ne vise pas nécessairement la réussite immédiate, mais la justesse des pas accomplis en direction de ce qui est poursuivi. Elle s’allie ainsi à la persévérance, qui en est la condition.
Une confusion contemporaine
L’époque actuelle confond volontiers espoir et réussite. Il suffirait d’espérer suffisamment fort pour obtenir. Dès lors, l’échec devient suspect : s’il survient, il serait le signe d’un manque, d’une faute, d’une insuffisance personnelle.
Les illusions de la toute-puissance trouvent ici un terrain particulièrement fertile.
Une vertu de justesse
L’espérance est une vertu. Elle replace l’homme à sa juste place, dans une posture d’humilité. Nul ne possède une vision globale et totale.
Elle invite à consentir à ce qui nous dépasse sans pour autant renoncer à agir. Elle ouvre un espace intérieur où l’on cesse de vouloir tout maîtriser pour apprendre à accueillir, à discerner, à faire confiance. Non pas une confiance naïve, mais une confiance habitée, patiemment construite au fil des pas, des doutes et des recommencements.
Dans cette perspective, le chemin importe davantage que l’issue. Chaque pas juste devient déjà une forme d’accomplissement. L’espérance ne promet pas que tout réussira, mais elle murmure que rien n’est vain lorsque l’on marche avec droiture. Elle transforme l’incertitude en lieu de croissance, et l’attente en présence.
Que le désir aboutisse ou non, elle affirme que le chemin conserve un sens, et qu’il mérite d’être poursuivi, non parce qu’il garantit un résultat, mais parce qu’il participe à une œuvre plus vaste que soi, discrète, souvent invisible, mais profondément réelle.
Tout se joue au plus intime de nous-mêmes, là où l’on apprend à consentir, à faire confiance et à demeurer fidèle au chemin.



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