Voter ou pas ?

Pourquoi j’ai choisi de voter malgré mon intime conviction que mon vote ne changera rien aux décisions politiques.

Par Frédérique Giacomoni,
psychiatre-psychothérapeute, cofondatrice de Thémisia-Gioia, dans le cadre de
« Billet d’humeur»
J’avoue qu’il est décourageant de voter sur des objets dont je sais pertinemment que, quel que soit le résultat, la politique ne changera pas. Je pense en particulier à la votation de 2014 sur l’immigration de masse.
Le peuple et les cantons ont accepté l’initiative, mais, à ce jour, aucune mesure concrète à la hauteur des attentes suscitées par le vote populaire n’a été prise.
On voit donc bien que, selon moi, le vote n’est respecté que lorsqu’il va dans le sens de la politique en cours.
Cette votation sur la neutralité ne dérogera pas à cette règle désormais bien établie. Je suis presque certaine que, quel que soit le résultat, la même politique continuera, car elle est en place depuis fort longtemps. J’en veux pour preuve l’amalgame fait dans cette campagne, entre neutralité et politique des sanctions. Bien que le texte de l’initiative lie ces deux notions, la votation se joue clairement sur la question de la définition de la neutralité à inscrire dans la Constitution.
Alors, je vais voter, et voter oui à cette initiative. Parce que je suis convaincue que, dans la théologie politique actuelle, celle pratiquée partout en Europe, l’État ne peut rien imposer à son peuple sans son consentement.
Pour parvenir à obtenir le consentement du peuple, il existe deux manières de procéder. La première est la pédagogie : fournir à chacun des explications claires, exhaustives et compréhensibles. Cette voie est risquée, car il se pourrait que le peuple ne décide pas conformément aux intérêts défendus par la politique européenne.
Depuis quelque temps, il est donc clair que le consentement est obtenu par extorsion, en se fondant sur le principe selon lequel « qui ne dit mot, consent ».
Si quelqu’un ne se positionne pas, c’est peut-être parce qu’il manque d’éléments, qu’il a besoin de davantage de temps pour réfléchir ou qu’il doute. Ce n’est en tout cas pas nécessairement parce qu’il dit oui.
Or, les années de Covid-19 nous l’ont bien montré : qui ne dit mot, consent. Il s’agit là d’un détournement de la notion de consentement.
C’est pourquoi je vote et je pense qu’il FAUT VOTER. Il faut prendre position, même lorsque l’on doute de la portée concrète du résultat. Le vote ne suffit peut-être pas à modifier immédiatement une politique, mais il permet d’en mesurer le degré d’adhésion populaire. Le pouvoir politique dispose alors des chiffres réels et sait qu’il n’a pas nécessairement l’assentiment du peuple.
Et cela, dans leur théologie politique, est important.



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