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«Pro-Poutine», Le mensonge qui dispense de réfléchir ! Ou quand on manque d’arguments, on sort les étiquettes !

  • Photo du rédacteur: Michelle Cailler
    Michelle Cailler
  • il y a 1 jour
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 10 heures

Par Michelle Cailler, juriste, et  fondatrice de Themisia Gioia


Dans un débat démocratique, il y a toujours un instant révélateur : celui où l’on sait qui a perdu. Ce n’est pas quand un camp manque d’arguments, mais quand il arrête d’en chercher et se met à traiter l’autre d’ennemi, d’imbécile ou de traître.

Nous y sommes.


Ce qui se passe sur les réseaux — et ce que cela signifie réellement .

Depuis plusieurs semaines, un même dispositif se répète sur les réseaux sociaux suisses. L'initiative pour la neutralité est qualifiée d'«initiative pro-Poutine». Ses défenseurs sont étiquetés «extrême droite».

Quiconque rappelle les principes classiques de la neutralité se voit accuser de faire le jeu de Moscou.

Appelons cela par son nom : c'est un procédé rhétorique de disqualification. Son objectif n'est pas de convaincre mais  d'empêcher la réflexion. Coller une étiquette infamante à une position, c'est rendre inutile d'en examiner le contenu. Pourquoi lire un argumentaire juridique si celui qui le porte est déjà classé comme ennemi de la démocratie ?

C'est efficace. C'est intellectuellement malhonnête. Et c'est le contraire d'un débat démocratique.


Les faits

L'initiative pour la neutralité a été lancée et ses signatures récoltées en novembre 2022. Elle s'appuie sur les Conventions de La Haye de 1907, un ensemble de règles de droit international signé par la Suisse, qui protège les petits États contre toutes les grandes puissances, sans distinction. Elle demande que la Suisse ne prenne pas de sanctions sans mandat du Conseil de sécurité de l'ONU, ce qui est précisément la position qu'ont défendue des décennies de juristes suisses, de gauche comme de droite, avant que le glissement des années 1990 ne commence.( lire le dossier à ce sujet sur Themisia Gioia https://www.themisia-gioia.org/neutralit%C3%A9-suisse)

La neutralité classique n'est pas une position «pro-Poutine». C'est une position «pro-droit international». La différence est fondamentale — et mérite d'être comprise avant d'être jugée.

Par ailleurs : si défendre la neutralité classique est «pro-Poutine», que dit-on des pays qui l'appliquent encore scrupuleusement ? Sont-ils tous «pro-Poutine» ? Ou appliquent-ils simplement des principes de droit international que la Suisse a décidé d'ignorer le 28 février 2022, par ordonnance, sans vote du peuple ?


 

 

Le silence du Conseil fédéral : ce qu'il dit et veut ignorer

Le Conseil fédéral a le droit constitutionnel de recommander de voter non à une initiative populaire. C'est son rôle.

Ce que je note, en revanche, c'est ceci : le CF ne prend aucune distance publique avec le cadrage «pro-Poutine». Il ne rappelle pas, comme ce serait son devoir dans une démocratie saine, que le débat doit rester ancré dans les faits. Il ne signale pas que qualifier ses concitoyens de sympathisants d'un régime autoritaire étranger dépasse les bornes d'un débat démocratique digne de ce nom.

Ce silence n'est pas neutre. Il profite d'une atmosphère qu'il n'a pas créée  mais dont il bénéficie.

Dans une démocratie directe, le gouvernement a une responsabilité particulière envers la qualité du débat. Pas seulement envers son résultat.


Ce que révèle cette technique

Un argumentaire solide n'a pas besoin d'insulter. Quand on possède les faits, on les cite. Quand on connaît le droit, on l'invoque. Quand on possède l'histoire, on la raconte.

Quand on n'a plus que des étiquettes, c'est que les arguments ont manqué.

Que répond-on, sur le fond, à ceci : le Rapport de 1993 du Conseil fédéral un document interne, jamais soumis au peuple, a redéfini la neutralité suisse en autorisant des sanctions hors ONU, décidées par le seul gouvernement, sans vote ?

 Que répond-on au fait que la loi sur les embargos de 2002 a été adoptée sans référendum, avec une clause permettant au CF de reprendre les sanctions de l'UE par simple ordonnance ?

 Que répond-on au fait que 30 000 sanctions ont été décrétées le 28 février 2022, en 48 heures, sans que le peuple souverain ait été consulté une seule fois ?

On ne répond pas. On dit «pro-Poutine». Et on passe à autre chose.

Je ne demande pas qu'on interdise ces expressions. La liberté d'expression, en Suisse, est un droit fondamental que je défends ( y compris pour ceux avec qui je suis en désaccord profond.)


Je demande quelque chose de plus simple et plus exigeante à la fois : que les citoyens suisses reconnaissent cette technique pour ce qu'elle est. Qu'ils comprennent que quand on les traite de «pro-Poutine» parce qu'ils s'interrogent sur la neutralité, on ne cherche pas à les convaincre, on cherche à les faire taire en leur faisant honte.


La démocratie directe suisse repose sur un postulat fondamental : le citoyen est capable de réfléchir par lui-même. Ceux qui utilisent l'insulte à la place de l'argument font exactement le contraire, ils parient sur la paresse intellectuelle et la peur du jugement social.


Le 27 septembre, vous pouvez leur donner tort.

VOTEZ OUI À L’INITIATIVE.

 

 
 
 

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