Du séculier éphémère au sacré éternel : éloge de la lenteur

@ photo Frédérique Giacomoni

« Chronique d’un regard intérieur » proposée par Frédérique Giacomoni, psychiatre et cofondatrice de Thémisia-Gioia.
Tout ce qui est sécularisé est, par définition, éphémère. Tout ce qui s’inscrit dans le siècle, s’inscrit de fait dans la tendance, dans les modes, dans l’immédiateté. Or, tout ce qui est à la mode, se démode, pour reprendre la célèbre phrase attribuée à Coco Chanel.
L’immédiateté est sans doute l’une des plaies existentielles que nous subissons. Tout va toujours plus vite. Un sms ? Il faut une réponse immédiate. Un mail ? Une réponse immédiate. Un tweet ? Une réponse immédiate… Le tout au mépris du temps humain, celui qui nécessite réflexion, culture, lectures, introspection, intuition…
Et si l’immédiateté était l’un des pièges tendus par le diable ? Au sens de diabolos : celui qui sépare. Selon moi, cette immédiateté nous sépare de nous-mêmes, nous éloigne de notre profondeur et nous coupe des autres. Car même dans les relations, et je dirais plutôt : surtout dans les relations humaines, le temps de la réflexion est indispensable. Combien de conflits naissent d’incompréhensions liées à cette instantanéité ? Souvent, des propos tenus sans en comprendre le contexte sont inéluctablement mal interprétés et rapidement diffusés risquant de vouer au gémonies son auteur.
Le temps humain nécessite une certaine lenteur, des pauses et du silence. La qualité de ce temps là permet de se connecter à sa propre profondeur. Cela favorise l’introspection et l’écoute de l’intuition. C’est le langage du corps, que l’on ne peut ressentir plus qu’entendre, qu’une fois le brouhaha du mental calmé.
Le mental affectionne l’immédiat. Il aime jouer à des parties de ping-pong intellectuel sans fin. C’est à lui que s’adresse le diabolos qui nous ment à l’infini en nous faisant croire que « si j’ai raison, l’autre a tort » et inversement.
Lorsque le mental relâche son emprise, il libère de l’espace et laisse la place à un autre discours. Un discours intérieur subtil et intelligent : celui qui nous traverse en permanence et qui demeure trop souvent inaudible, tellement le mental crie fort. Ce discours intérieur est celui de l’intuition. Ou celui de la conscience intelligente qui nous dépasse largement.
Cet espace de conscience là n’est ni soumis aux mode, ni au temps qui passe. Il n’est justement pas éphémère. Par sa nature même, il est hors du temps. Il est un espace sacré intemporel. Donc, inutile de chercher à se l’approprier, à l’acheter ou, pire, à le posséder. Il est tout simplement éternel.
Il en va des individus comme des peuples et des nations. Tout ce qui est temporel en nous mourra. Ce qui se relie au sacré demeure éternel.
À ce titre, la ferveur qui renaît en France après la venue du Pape Léon XIV augure d’une prise de conscience collective et individuelle importante. Les pratiques spirituelles qui relient au sacré sont les outils indispensables du renouveau.



Commentaires