Dieu, que les Suisses sont dociles  !
- Michelle Cailler
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 Par Michelle Cailler (juriste et fondatrice de Thémisia Gioia)
Le 8 mars 2026, la Suisse a réussi l’exploit de saboter ses propres libertés à tous les niveaux. On lui proposait d’inscrire la protection du cash dans la Constitution et de réduire la facture de la structure médiatique publique (SSR) qui les assomme financièrement depuis des lustres, et la réponse a été NON.
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Il faut être d’une crédulité abyssale, ou admirablement dressés, pour gober sans broncher les arguments de Berne et de la SSR.
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L’initiative « L’argent liquide, c’est la liberté » visait un garde‑fou limpide : placer les espèces et le franc suisse au sommet de l’ordre juridique, dans la Constitution afin d’éviter la dérive silencieuse vers une monnaie manipulable, traçable et révocable.
Les autorités ont répliqué que tout allait déjà bien, que la loi suffisait, qu’il fallait leur accorder toute confiance.
Le peuple, docile, a dit non et tendu un chèque en blanc à ceux qui rêvent d’un monde sans espèces, où chaque achat est suivi et où, demain, il pourra être bloqué si vous pensez de travers (quid de la liberté d’expression d’ailleurs ?).
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On recommence avec le même scénario pour « 200 francs, ça suffit ! ». Une redevance médiatique parmi les plus chères au monde, des foyers qui serrent les dents, des entreprises mises à contribution (il s’agit ni plus ni moins d’un impôt supplémentaire sur leur chiffre d’affaires), et des médias publics qui passent leur temps à culpabiliser, filtrer et faire la police des esprits comme de bons petits chefs à la botte de leurs maîtres (les autorités).
Rebelote, on agite le drapeau de la panique : si vous acceptez, la Suisse s’écroule, les régions agonisent, la démocratie disparaît. Résultat : le peuple choisit de continuer à payer plus cher pour financer ceux qui le manipulent. C’est du masochisme politique, ni plus ni moins.
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Le reste du monde aura de quoi se moquer de nous.
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Quel peuple normalement constitué préfère payer plus cher quand il pourrait payer moins, tout en se prétendant rationnel, sérieux et exemplaire aux yeux de la planète ? Nous voilà réduits au rôle d’idiots utiles, fiers de notre démocratie dite « modèle », tout en cochant sagement la case indiquée par le gouvernement et les médias, même lorsque la logique la plus élémentaire, payer moins plutôt que plus, devrait suffire à réveiller n’importe qui.
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À ce stade, on peut légitimement s’interroger sur l’utilité réelle de nos instruments démocratiques. Chaque fois qu’on tente de s’en servir pour défendre la liberté, la souveraineté ou, tout simplement, le bon sens, nos propres compatriotes nous classent dans la catégorie « extrémiste ».*
Référendum et initiative deviennent des joujoux coûteux, actionnés par une minorité aussitôt traitée de fanatique, tandis qu’une majorité suit sans se poser de questions sur la ligne du sacro‑saint Conseil fédéral.
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Dès lors : faut‑il continuer à entretenir cette image d’Épinal de démocratie directe, qui ne pèse plus rien face à un peuple hébété et aux ordres, ou admettre honnêtement que le système est vidé de sa substance par ceux qui devraient le sauvegarder becs et ongles ?
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On pourra toujours invoquer la lassitude, l’angoisse, l’ignorance ou le manque de temps pour lire les textes.
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Cependant, Ã un moment, il faut appeler un chat un chat.
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Un peuple qui se dit souverain et qui, dossier après dossier, vote conformément à ce que ses propres censeurs lui dictent (son gouvernement) se comporte en troupeau bêlant derrière son berger.
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La Suisse possédait l’essentiel : neutralité, démocratie directe, respect des libertés. Elle dilapide tout cela, non pas sous la menace des chars, mais sous le sourire complice et tout miel de technocrates qui susurrent suavement : « Faites‑nous confiance. »
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Qu’on ne vienne pas, dans quelques années, jouer la surprise.
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Tous ceux qui haussent mollement les épaules aujourd’hui, qui s’accommodent de ces scrutins et qui trouvent toujours une justification à l’injustifiable portent leur part de responsabilité.
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Par leur lâcheté, leur confort ou leur refus de voir, ils nous poussent droit dans le mur. Ce seront d’ailleurs, sans nul doute, les premiers à gémir demain, quand tout sera verrouillé, jurant qu’ils « ne pouvaient pas savoir ».
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Il faut cesser de couver des adultes qui se conduisent comme des enfants craintifs.
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Assez d’excuses, assez de circonstances atténuantes. La démocratie directe n’est pas un doudou, c’est un outil de combat.
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Et un outil abandonné à la rouille finit tôt ou tard par se retourner contre ceux qui ne savent plus comment s’en servir. Si les Suisses ne sont pas capables d’assumer leur condition de citoyens responsables, qu’ils aient au moins la décence de se taire quand la note de leurs renoncements leur reviendra en pleine figure.
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Le 8 mars 2026 trace une limite. Soit ce choc (mais en est‑ce un pour la plupart ?) réveille enfin ceux qui ont encore un tant soit peu de colonne vertébrale, soit ce pays acceptera, avec une petite moue satisfaite de descendre un cran plus bas dans la servilité (le dernier cran étant la soumission à l’UE).
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La question n’a rien de compliqué : veux‑tu rester dans le troupeau, ou assumer une bonne fois pour toutes d’être de ceux qui disent NON quand tout le monde bêle oui ?
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