top of page
Rechercher

L’auto-hypnose mortifère de l’indécision

  • Photo du rédacteur: Frédérique Giacomoni
    Frédérique Giacomoni
  • il y a 47 minutes
  • 3 min de lecture

 

Par Frédérique Giacomoni,

Psychiatre-Psychothérapeute, Co-fondatrice de Témiaisa-Gioia

Ne pas choisir : Une mécanique de la non-vie.

 

Ne pas choisir, n’est jamais neutre. C’est rester à la croisée des chemins. Cela entretient l’illusion que tous les possibles restent ouverts, que rien n’est perdu. Pourtant cela fige sur place. L’énergie s’épuise à maintenir cette fiction vivace. La vie stagne, on fait du surplace. Et ainsi on souffre d’une petite mort quotidienne. Et la peur ? Eh bien elle a quartier libre pour poursuivre sa destruction implacable. C’est elle qui fige sur place et maintient à la croisée des chemins, c’est elle qui entretient l’illusion et finalement induit cette sorte d’auto-hypnose mortifère.

 

Le refus de se positionner : une mécanique universelle


Ce schéma dépasse de loin les grandes décisions existentielles. Il opère à tous les niveaux de notre vie quotidienne, professionnelle, relationnelle et spirituelle. C’est la mécanique de base de notre non-vie.

 

Dans les relations

•          Ne pas dire non à une relation toxique = laisser la peur de la solitude décider.

•          Ne pas exprimer ses besoins = maintenir l’illusion qu’on peut être aimé sans risque.

•          Ne pas quitter = croire que "ça ira mieux demain" pendant que l’énergie s’épuise.

 

Dans la carrière

•        Rester dans un poste étouffant "en attendant mieux" = fiction que l’opportunité parfaite va surgir.

•        Ne pas demander d’augmentation = peur du rejet qui décide à votre place.

•        Ne pas se former = illusion que le monde professionnel va s’adapter spontanément.

 

Dans la vie quotidienne

•          Ne pas dire ses limites = laisser les autres envahir votre espace vital.

•          Ne pas demander de l’aide = croire qu’on doit tout faire seul pour être respectable.

•          Ne pas oser créer = maintenir ouverte la fiction du "moment parfait ».

 

Le coût énergétique : une hémorragie silencieuse

 

Restez 5 minutes à observer quelqu’un indécis chronique. Vous verrez ses épaules crispées, son regard fuyant, ses mains qui triturent un objet. Son système nerveux est en surcharge permanente.

L’indécision n’est pas reposante. C’est un calcul permanent :

"Et si je regrette ? Et si je me trompe ? Et si on me rejette ?"

Cette hypervigilance mentale épuise les ressources précieuses qui devraient servir à créer, aimer, vivre.

 

La peur : architecte de notre prison invisible

 

La peur n’est pas passive. Elle est stratège. Elle sait exactement comment nous maintenir à la croisée des chemins :

1.       Promesse d’éternité : "Tu as le temps, tous les chemins sont encore possibles."

2.       Minimisation : "Ce n’est pas si grave, ça peut encore s’arranger."

3.       Culpabilisation : "Si tu choisis maintenant, tu vas blesser/ décevoir/ échouer. »

4.       Fatigue stratégique : "Tu es trop fatigué pour décider maintenant."

Le résultat ? Une auto-hypnose mortifère.

On devient spectateur de sa propre vie, hypnotisé par le défilement des possibles imaginaires.

 

La libération : consentir à la petite mort

 

Se positionner, c’est accepter de perdre quelque chose. C’est toujours un deuil :

•          De l’image idéale de soi

•          Du regard approbateur des autres

•          De la perfection imaginaire

•          Du contrôle absolu

Mais c’est aussi cesser l’hémorragie énergétique. L’énergie libérée peut enfin créer du nouveau.

 

Exercice pratique : sortir de l’auto-hypnose

Prenez 5 minutes, papier/stylo :

1.Écrivez 3 situations actuelles où vous ne vous positionnez pas (relation, boulot, habitude...).

2.Pour chaque situation, répondez : "Qu’est-ce que je perds déjà en ne choisissant pas ?" (temps, confiance, joie...)

3. Choisissez UNE perte concrète à accepter : "J’accepte de perdre X pour pouvoir vivre Y."

4.Dites-le à voix haute. Le dire brise l’hypnose. Exemple : "J’accepte de perdre l’approbation de mon conjoint pour retrouver ma liberté de penser."

 

Perspective spirituelle

 

Dans les traditions spirituelles, choisir c’est traverser une mort symbolique : celle de la petite mort de l’illusion.

"Celui qui veut sauver sa vie la perdra »  mais celui qui la perdra à cause de moi la retrouvera » (Matthieu, 16,25) signifie que ce que l’on croit sauver devient notre tombeau. L’ego s’agrippe à ses sécurités et finit par tout perdre.

 

Ne pas choisir c’est refuser sa propre pâque intérieure – ce passage intérieur vers une nouvelle vie. On reste au désert de la croisée, hypnotisé par la peur, pendant que la Vie attend de l’autre côté.

 

La vraie question : Quelle petite mort suis-je prêt à consentir aujourd’hui pour que ma vie reprenne son souffle ?

 
 
 

Commentaires


bottom of page