Quand l’humanité applaudit la mort !
- Michelle Cailler

- il y a 5 jours
- 3 min de lecture
Par Michelle Cailler (juriste et fondatrice de Thémisia Gioia)

Depuis que le nouveau conflit a éclaté au Proche-Orient, les plateformes regorgent d’images et de posts qui font froid dans le dos :
des individus rient, exultent, applaudissent des frappes militaires violentes, des morts, des villes sous les bombes, comme si la détresse d’un peuple consacrait enfin la victoire de leur « camp ».
Des recherches récentes montrent qu’en temps de guerre, la viralité s’appuie surtout sur des contenus intensément émotionnels, qui flattent l’identité de groupe et attisent les passions, au prix de la nuance et de l’empathie.
Je vais être claire : l’allégresse devant la guerre me révulse.
Se réjouir de la mort, même « du camp d’en face », c’est une perversion morale.
Le deuil pour les siens, la colère, l’indignation sont compréhensibles.
Mais applaudir la mort de civils, les cris d’enfants, l’effondrement de familles, c’est franchir une ligne rouge qui ne relève pas du débat politique, mais qui a tout à voir avec la décadence intérieure.
La logique des plateformes est sans appel : plus un contenu est violent, choquant ou tribal, plus il se propage.
La guerre devient un produit médiatique parmi d’autres, coincé entre une recette de cuisine filmée et une vidéo comique.
Les travaux en psychologie des médias soulignent qu’une exposition répétée à la brutalité nous désensibilise, nous « endurcit » jusqu’à trouver ordinaire ce qui devrait nous scandaliser durablement.
Cette normalisation du choc, c’est le terreau où prospère la jubilation morbide.
Cette dynamique traduit une dérive profonde : nous ne parlons plus d’êtres humains, mais de points marqués, de « bien fait pour eux », de « ils l’ont cherché ».
Les algorithmes récompensent l’outrance, et certains endossent avec zèle le rôle de supporters, changeant une tragédie bien réelle en spectacle interactif.
Se féliciter de cette guerre, c’est ajouter une cruauté symbolique à la cruauté matérielle des bombes.
À celles et ceux qui se réjouissent de ce conflit au Proche-Orient, je voudrais poser une question simple : qu’est-ce qui, en vous, jubile au juste ?
Un sentiment de justice, ou le plaisir sombre de voir « l’autre » souffrir ?
Cette exaltation n’a rien à voir avec la défense d’une cause légitime ; elle relève ni plus ni moins du sadisme social déguisé en engagement politique.
On répète que nous vivons à l’ère de l’information, mais nous glissons vers le règne de la pulsion brute.
On partage avant de réfléchir, on invective avant de comprendre, on triomphe avant même de savoir quelles vies ont été brisées.
La raison s’efface derrière la tempête émotionnelle, et avec elle disparaît la capacité de poser, et de se poser, des limites,… de dire : non, même si je juge qu’un camp a tort, je ne me réjouirai jamais de sa souffrance.
En vérité, la guerre n’a rien d’un spectacle.
Elle détruit les corps, abîme les esprits, brise des générations.
Les spécialistes de la santé mentale rappellent que les conflits laissent des traumatismes massifs, chez les civils comme chez les soldats, longtemps après le silence des armes.
Applaudir une frappe, c’est aussi applaudir les nuits hantées qui attendent les survivants.
Il est temps de rappeler quelques évidences :
La guerre n’est jamais une bonne nouvelle.
Aucune cause ne légitime de se réjouir de la mort de civils.
L’émotion ne justifie pas tout, en particulier pas la haine.
Notre degré de civilisation ne se mesure pas à nos discours, mais à notre capacité à rester humains quand tout pousse à la déshumanisation.
Refuser de se réjouir de la guerre n’est ni tiédeur ni neutralité : c’est affirmer une limite éthique essentielle.
Se réjouir de la guerre, c’est déjà y participer.
Tous ceux qui se réjouissent de la guerre devraient éprouver une honte profonde, de celle qui naît devant une humanité qui s’efface devant la cruauté.
Qui exulte devant la guerre a déjà perdu son âme



Commentaires